Ce qu'il y a à reprocher aux libristes

Posted by MxMaxime on Sun 20 October 2019

Si vous êtes familier·e·s de Mastodon, vous avez sûrement entendu parlé des grosses instances francophones, comme Framapiaf (Framasoft), Mamot (LQDN), mastodon.tetaneutral.net (Teutraneutral). Il y en a évidemment d'autres, qui sont également composées de noyau durs de libristes, mais pas gérées par des associations, juste adhérentes des CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs,Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires), collectif lancé par Framasoft. Et aussi d'autres instances francophones remplies de libristes (drycat, mstdn.io)

Ce qui va être détaillé touche donc ce qui se passe sur Mastodon, mais également les autres aspects du problème, et ça va aller du plus soft au moins soft.

MemePetit meme que j'ai fais avec amour1- Manque de modération

Premier point à évoquer, et sûrement le plus important: le manque flagrant de modération. Etant donné que la liberté d'expression est limite considérée comme sacrée (sans prendre en compte les limites), c'est ultra rare de voir sauter un compte qui a tenu des propos problématiques (par exemple, en balançant des propos transphobes en commentant à propos des parties génitales des personnes trans). Et ça, ça se passe sur des instances qui ont de 5000 à 20 000 utilisateur·ices, environ.

Leur conception de la liberté d'expression est équivalente à celle du forum 18-25, ou de gab: pas de modération, les utilisateur·ice·s sont assez grand·e·s donc si quelqu'un dit n'importe quoi, iel sera bloqué partout. Ce genre de réflexion ne marcherait déjà pas à une petite échelle parce que déjà les vécus sont loin des similaires, et que les minorités sont bien sûres plus sensibles à des propos dégueulasses. Alors, à grande échelle, avec un tout petit de modération, ça commence à partir n'importe comment.

Exemple concret d'un toot écrit par une personne antiféministe, blanche et LBGTQphobeSachant, que c'est loin d'être le seul compte à tenir ce genre de propos, et encore là c'est sans les menaces de meurtre, harcélément (de tout type, sealioning, etc....).

C'est également loin d'être la première fois que c'est reproché, vu que mamot vient juste de se doter d'une charte de modération. Framapiaf également, mais ironiquement, c'est un cadeau emballé dans du papier toilette.

Beaucoup de signalements ont été effectués, mais c'est épuisant, sachant que ça ne donne pas l'impression d'être pris en compte, et quand l'on voit que les modérateur·ice·s soutiennent les mêmes positions ou défendent la possiblité de soutenir ces positions, ça rétame tranquillement le moral.

Sachant que dés que des appels à bloquer des instances et des comptes sont lancés, ça donne ça:

Autant, on peut comprendre que cela fait du boulot pour les modérateur·ice·s (pas de mal à le croire hein), mais il y a des personnes reconnues comme problématiques, et vraiment génantes (au sens premier du terme) qui n'ont encore eu aucune sanction malgré une tassée de signalements). A propos d'une des plus grosses instances francophones, c'était une blague récurrente de chercher la modération invisible.

2- Elitisme

Autre source d'emmerdes, les commentaires inappropriés postés sous chaque toot qui parle d'informatique, de la part de libristes pour venir mecxpliquer (expliquer à une personne comment elle doit faire, parce qu'elle soit disant moins compétente). Ou carrément faire des threads à tout va pour expliquer qu'une personne qui n'adhére pas au logiciel libre n'a qu'à dégager , ou aussi d'appeler au suicide quelqu'un si iel travaille dans un service de com' (oui ça s'est vu).

Même pour des toots à prendre au second degré, il faudrait une chute drôle, là pour le coup, il n'y en a pas, enfin si, continuer à taper sur celleux qui ne sont pas assez intelligent·e·s pour se mettre au logiciel libre et pour le coup se communautariser.

3- Beaucoup de gens dépolitisés

Quand j'écris gens dépolitisés, ça veut non compréhension et non prise en compte des oppressions systèmiques, non compréhension de la volonté des minorités d'avoir des espaces sécurisants (safe), de laisser tranquillement des fafs s'installer (sauf si ça les atteint eux), voir même de s'associer avec des associations qui sont accusées d'exploiter leurs stagiaires, salarié·e·s, et de fricoter avec l'extrême droite directement.

Ce qui donne des personnes qui reprennent tranquillement et publiquement des termes d'extrême droite et du forum des merdeux du 18-25, mais bizarrement, ça pose moins de problèmes que de venir expliquer aux minorités comme elles doivent vivre (exemple concret et vécu).

Deux titres de billets de blog, totalement inintéressants, et écrits par des libristes. Sorry c'était gratuit :DCe type de propos est ultra fréquent, entre les biens pensants , censure communautariste (j'arrive à encore à éclater de rire dés que j'en pense, alors que les mecs cis blancs écartent tout ce qu'ils ne leur ressemblent pas), novlangue (juste parce que l'écriture inclusive est utilisée, la susceptiblité d'un mec cis blanc est aussi solide que du cristal visiblement)

Exemple concrétement vécu (encore, je sais): sous un ancien pseudo, j'ai bloqué un paquet de personnes et d'instances, ce qui a lancé un tollé qui a consisté à décortiquer mon éducation, critiquer mes parents, ma façon de vivre, me traiter de merde, de con·ne, et à mégenrer. Chouette programme. Je ne mettrai pas de screens pour éviter que mon ancien pseudo resorte.

4- Des admins souvent problématiques

Avec concrétement des admins, très très souvent blancs et cis, tenant des propos teintés de sexisme, transphobie, homophobie, et refusant qu'on leur reproche ce type de propos. Et surtout une majorité d'admins de ce type d'instances accusés de harcélement et de trucs pas jojos.

Exemple provenant de la même instance: un bot, géré par un admin blanc, cis et hétéro, publie des photos sans Content Warning (qui est vraiment une caractéristique majeure de Mastodon par rapport à Twitter), de femmes cis hétéros correspondants à des critéres bien sexistes, racistes et validistes (minceur, blancheur de la peau, pas de personnes handis). Ben il est impossible de le signaler, sous risque de se faire insulter de safistes (équivalent sur Mastodon de SJW (Social justice warriors: terme connoté négativement, désignant les militant·e·s de gauche et des minorités luttant pour des droits, crés par des fafs)

/Autre histoire ressortie en ce moment: l'extrême droite américaine (gab), carrément les fafs en fait, débarquent via des instances fonctionnant sur un fork de mastodon. La réaction unanime a été de bloquer ces instances directement, comme cela avait été fait pour celle abreuvée de merde par le 18-25. Bizarrement, certaines grosses instances, qui ne modérent pas (oui clairement, aucune modération) n'ont effectué aucune action, malgré ce qui risque d'arriver.

5- De fausses initiatives censées faire évoluer les choses

Tout ce que je cite plus haut a provoqué des dramas, qui ont forcés à des prises de position. Mais pas pour le meilleur, clairement.

Petit exemple: un billet de blog vantant une charte de modération, charte de modération qui en vient presque à culpabiliser les victimes de transphobie/homophobie/racisme/validisme, sous prétexte qu'il n'y a pas que ça à faire. Le fameux mécanisme où ton agresseur·euse peut continuer à agir tandis que toi, tu dégages.

Il reste encore impossible de critiquer, avec des preuves concrétes, des témoignages, certains gros comptes, qui sont d'ailleurs des grosses têtes IRL ou critiquer des organisations/conférences, sans se prendre du harcélément. Rien n'est pris au sérieux, au mieux, c'est pris pour une crise d'adolescence, au pire c'est ignoré, et tout continue, tout va bien...